Mettons-nous bien d’accord sur les termes : le sentiment anti-français en Afrique n’est pas une haine du valeureux et bienveillant peuple français, mais un rejet total de la politique impérialiste et néocolonialiste des élites françaises.
De part le monde et notamment en Afrique, les peuples expriment vivement et de plus en plus une révulsion profonde vis-à-vis de la façon dont la France avait tenu et continue de traiter ses anciennes colonies. La France a exercé une violence inouïe sur les états africains avec des morts, des expropriations, des privations de liberté et la négation humiliante de la dignité humaine des populations. La domination était totale : politique, économique et culturelle. Les chiffres des horreurs, même minimisés, sont révoltants : En juillet 1899, à Koram Kalgo au Niger, la colonne terroriste Voulet-Chanoine perpétra un massacre horrible comprenant femmes et enfants et résuma elle-même le crime avec cette dépêche laconique envoyée à Paris : « L’ennemi a tenu bon malgré une batterie meurtrière. Un petit village de 600 habitants. L’assaut nous a coûté 2 tués, 14 blessés. Tous les habitants tués, village incendié ». À Birni N’Konni (région de Tahoua au Niger) Voulet et ses hommes ont tué plus de 15 000 personnes en trois jours. Le 1er décembre 1944, les tirailleurs sénégalais qui ont aidés la France à se libérer de la domination nazie furent fusillés avec des centaines de morts à Thiaroye. En une seule journée, le 8 mai 1945 la révolte partie de Sétif en Algérie fait 45 000 victimes. En mars 1947, en quelques jours, à Madagascar, l’armée coloniale française a massacré plus de 100 000 malgaches. Au Cameroun, la barbarie française s’est abattue sur les populations dans les années 60 avec plus de 120 000 victimes.
Les exemples sont innombrables, le massacre des populations a été sans limite. Cependant, cette barbarie continue de s’exercer de nos jours, à travers diverses formes. Les massacres des populations sont toujours en cours par la France à travers la mise en place et le financement de plusieurs mouvements de rebellions et autres groupes armés au Sahel et dans la région des Grands-Lacs notamment. Le pillage des ressources naturelles des pays africains se perpétue avec la complicité de présidents marionnettes mis en place par la métropole. Malgré la richesse inestimable de leur sous-sol, les congolais végètent dans une grande pauvreté. Les gabonais peinent à se nourrir avec une petite population et un pays riche en pétrole, en bois et autres minerais. Le Niger reste l’un des pays les plus pauvres du monde pendant que la France exploite son uranium et son or depuis les années 70. La liste est très longue, les malheurs et les drames humains avec.
De nos jours, les populations africaines, notamment les jeunes connaissent parfaitement ce passé sombre et ce présent incertain. Comment peuvent-ils aimer la France ?
Une autre grille de lecture peut expliquer ce sentiment anti-français en Afrique et même à travers le monde : l’islamophobie et le racisme dont sont victimes les minorités noires et arabes en France. Les nations-unis et divers experts internationaux ont documentés ces phénomènes systémiques que Paris continuent de ne pas voir. Pourtant, les données et les faits sont têtus. La France est l’un des rares pays au monde qui légifère sur la tenue vestimentaire des femmes musulmanes. Le voile et le foulard sont devenus l’obsession française. Tous les jours, toutes les occasions, presque tous les partis politiques. Le petit bout de tissu sur la tête de la jeune fille musulmane est devenu la GRANDE menace contre la république. Pour cette rentrée 2023, c’est l’interdiction de l’Abaya (longue robe) qui préoccupe l’exécutif français plus que tous les autres problèmes (la flambée des prix des fournitures, l’effectif des enseignants, la surcharge des classes, près de 2 000 enfants qui se retrouvent à la rue, etc.) qui minent l’école du pays. La même longue robe portée par une jeune fille de peau claire est acceptée à l’école alors qu’elle est interdite lorsqu’elle est portée par une peau basanée ou noire. Voilà ce qu’il advient des grandes valeurs de la république française.
La France, c’est aussi l’un des rares pays qui dissous, dans le silence total, les associations (CCIF, BARAKA CITY, etc.) qui militent contre le racisme !
La France, c’est le pays où un policier peut gratuitement tuer un adolescent arabe à bout portant, et que des français de tout bord cotisent, sous le regard complice des autorités, pour rendre le policier millionnaire après son incarcération.
La France, c’est le pays où un jeune noir, Adama Traoré, a été interpelé en bonne santé par des gendarmes et ressortir dans un cercueil, assassiné par ceux-ci qui repartent libres et continuent d’exercer. Et ceci n’est pas un cas isolé !
La France, c’est le pays qui a martyrisé Théo (jeune noir), qui a passé à tabac gratuitement le producteur Michel Zecler (noir) dans son bureau, qui a conduit à la mort Zyad et Bouna (enfants arabe et noir) par électrocution. Beaucoup de morts, de blessures physiques et morales irréversibles dans des violences racistes.
Les populations africaines regardent ces évènements avec intérêts et comprennent ce visage lugubre de la France, qui contraste avec le glamour médiatique affiché ou les grands discours sur les droits de l’homme.
Les populations africaines n’ont pas besoin d’être instrumentalisés par d’autres puissances pour développer le sentiment anti-français. Les discours paternalistes, violents et stigmatisants des dirigeants français suffisent largement à accélérer la fin de leur hégémonie. Lorsque Macron arrive sur les terres burkinabais pour humilier Roch Marc Kaboré, qui était pourtant un de ses laquais, devant les étudiants du pays, il illumine plus que jamais la conscience des jeunes du continent sur la nécessité et l’urgence de chasser à jamais ce colon de nos terres. Il en est de même en mars 2023 au Congo de son discours insultant et rabaissant à côté de Félix Tshisekedi devant les caméras du monde entier. Les discours infantilisant, arrogant et mensonger du même Emmanuel Macron sur la situation qui sévit au Niger depuis le 26 juillet 2023 servent de carburant à la mobilisation massive et continuelle des jeunes qui veulent le départ des troupes d’occupation françaises de leurs terres.
Aujourd’hui, le sentiment anti-français est ancré en Afrique et bien au-delà. Il est profond et irréversible. La France doit faire face à son passé sombre et à ses projets actuels et futurs iniques et dévastateurs.
ZAS